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vendredi 12 octobre 2012

Haute voltige




Le spectacle De nos jours (Notes on the circus) de la Compagnie Ivan Mosjoukine se joue jusqu’au 27 octobre au théâtre Montfort qui privilégie les formes hybrides, en l’occurrence la pièce se situe entre le cirque et le théâtre. Oubliez toutes les visions désuètes du cirque, le fameux clown et son nez rouge, cette compagnie-là fait une proposition bien plus vivante.

Divisé en une multitude de séquences, le spectacle surprend sans cesse en créant de nouvelles situations avec seulement quelques gestes et la mobilité réjouissante des visages. Bien sûr il y a de la prouesse physique au détour d’une scène, mais elle est au service de la légèreté. Ce qui se met en place au fil des minutes avec la beauté d’une phrase, la fragilité d’un équilibre, ce n’est ni plus ni moins que la possibilité d’un univers bondissant et généreux. De nos jours (Notes on the circus) procure un sourire durable et ce n’est pas le moindre de ses mérites.



La Cité du rêve de Krystian Lupa





Avec ses cinq heures et des acteurs qui parlent polonais, la pièce La cité du rêve de Krystian Lupa pourrait en effrayer plus d’un. Pourtant ce serait passer à côté d’un grand metteur en scène contemporain qui, après avoir frayé avec des œuvres aussi colossales que Les frères Karamazov de Dostoïevski ou Les somnambules de Hermann Broch, s’attèle aujourd’hui à l’unique roman du peintre symboliste Alfred Kubin.

Un homme nommé Patera décide de fonder une cité idéale nommée La perle, la pièce se déroule après l’échec de ce projet utopique. Le spectateur suit tout d’abord le morne quotidien des habitants de cette ville avant d’assister à leurs multiples témoignages. Plus que la colère d’avoir été trompé, les habitants laissent entendre une grande tristesse. Ces tribulations désenchantées dans un décor entre la ruine et l’asile laissent entrevoir le monde plat et fatigué de ceux qui ont perdu tout espoir. Lupa réussit son pari de mettre en scène la lassitude physique et morale de ses personnages et de s’imposer dans la durée.



dimanche 7 octobre 2012

Solo piano





L’album Solo Piano 2 fait suite à un premier opus sorti il y a huit ans. On y retrouve les mélodies subtiles qui en faisaient tout le charme, des notes simples et entêtantes qui n’étaient pas sans évoquer Satie. Une délicatesse sonore qui contraste avec la personnalité du pianiste.

En effet Chilly Gonzales s’est illustré pour un record du monde farfelu (il a joué le plus longtemps, un peu plus de 27 heures), un album de rap ou ses nombreuses collaborations avec Peaches ou Feist, avec qui il a fait une tournée sur des chansons dans un style cabaret. Sa reprise au piano d’un titre électro de Boys Noize, Waves, fit également partie des nombreux défis qu’il se lança. Les trois concerts qu’il donnera à La Gaieté Lyrique étant complets depuis plusieurs mois, l’écoute de Solo Piano 2 offre tout de même une consolation de choix.




La parole en ricochets

                         (Michel Piccoli dans Vous n'avez encore rien vu)


Le dernier film d'Alain Resnais repose sur un dispositif étrange ; des acteurs assistent à la captation de la pièce d'Eurydice de Jean Anouilh et ayant eux-mêmes interprétés cette pièce dans leur jeunesse, ils en viennent à réciter le texte parallèlement à la vidéo. Dans un premier temps Resnais instaure une circulation purement langagière; les mots de ces acteurs fétiches (Pierre Arditi, Sabine Azéma, Lambert Wilson) complètent ou doublent ceux des jeunes acteurs que l'on voit à l'écran. 

Vous n'avez encore rien vu prend ensuite toute son ampleur quand s'instaure, non seulement avec le texte, mais avec les lieux, les couples d'acteurs et les scènes, une véritable circulation par les images. Certains jeux d'acteurs se contredisent, d'autres se reflètent, des décors sont sommaires, d'autres à la limite de l'imaginaire, et ainsi le film brasse les époques et les sentiments en suivant un fil aléatoire. C'est l'exploit et la liberté parfois dérisoire de Resnais, rendre au cinéma toutes ses potentialités, quitte à frôler l'éparpillement dans le final.



Homeland, la bannière épinglée




L’événement de la rentrée n’est pas cinématographique, il est télévisuel. Couronné aux Emmy Awards (l’équivalent des oscars pour les séries), Homeland propose une vision terriblement juste de l’Amérique post 11 Septembre. Un soldat porté disparu en Irak est retrouvé après huit années de captivité, pourtant s’il acquiert rapidement le statut de héros, un agent des renseignements se demande si celui-ci n’a pas entretemps changé de camp.

La série a le mérite de prendre le contrepied d’une décennie de films de guerre propagandiste, préférant montrer comment l’obsession sécuritaire et le terrorisme s’engendrent mutuellement. Le soldat aux convictions troubles et l’investigatrice deviennent deux figures réversibles qui n’en finissent pas de se mêler, interrogeant les dérives américaines comme les différentes facettes de l’islamisme. Homeland aborde de front notre époque sans jamais rien perdre de son rythme et de sa complexité, alliant comme rarement le plaisir et la réflexion. La série est actuellement diffusée sur Canal +.




vendredi 21 septembre 2012

Portier de nuit de Liliana Cavani



Le DVD de Portier de nuit de Liliana Cavani est sorti au début de l'année à l'occasion de sa restauration, le film sera également projeté à partir du 3 Octobre dans quelques salles de cinéma. D'emblée il faudrait évacuer les fausses polémiques; oui, le film fut classé X aux Etats-Unis en 1974 mais il n'a rien de pornographique, c'est seulement sulfureux et physique comme une passion peut l'être (comme le fut également Le dernier tango à Paris). Oui, Cavani esthétise le nazisme, mais les images sensuelles aux teintes glacées ne la rendent pas pour autant coupable de complaisance.

L’histoire suit un ancien général nazi (Dirk Bogarde) reconverti en veilleur de nuit qui retrouve une jeune fille (Charlotte Rampling) qu’il a aimé autant qu’humilié durant la guerre. L’hôtel autrichien où se déroule l’action devient l’antichambre du régime nazi, un lieu où se rejoue en sourdine la guerre et l’autoritarisme, moins sur la demande du bourreau que sur celle de la victime. Portier de nuit perturbe car il ne sépare jamais vraiment l’entreprise d’inhumation du passé avec la dévoration des corps dans le désir. Il est donc plus que recommandé de voir ou revoir les fantômes de l’histoire se déchirer sur grand écran.




L'art de l'organisation, CMO-PCE




On l’oublie souvent mais l’art serait bien peu de choses sans relais entre le public et les artistes. Ce serait pourtant une erreur de réduire le rôle des passeurs d’art à un pur aspect pratique. En effet à travers le choix du lieu et des artistes s’affirme déjà une vision à la fois sur la façon dont les œuvres peuvent exister au présent et sur celles qui constitueront l’avenir. L’agence CMO-PCE organise ainsi avec un réel souci de cohérence des salons et des manifestations artistiques depuis plus de trente ans.

C’est à l’agence CMO-PCE que l’on doit le salon « Antiquaires et Galeristes » qui se déroule du  13 au 23 Septembre dans des pavillons climatisés situés de part et d’autre du pont Alexandre III. Parallèlement à la Biennale des antiquaires qui se tient du 14 au 23 Septembre 2012 au Grand Palais, Caroline Margueridon et son équipe ont cherché à concilier de somptueuses pièces de mobilier avec des tableaux d’art moderne. 

Cet accent porté sur des peintures et des sculptures de la première moitié du vingtième siècle permettra aux curieux comme aux collectionneurs de trouver leur bonheur parmi les œuvres d’Utrillo, Rodin ou encore Bernard Buffet. Pour plus d’informations : http://www.cmo-antiquites.com/accueil